Il y a, en France, environ 65 000 photographes déclarés. Ce chiffre impressionnant, publié par l’INSEE en 2023, englobe aussi bien les professionnels à plein temps que les photographes du dimanche, autoentrepreneurs ou non, qui déclarent une activité partielle. Un chiffre révélateur : la photographie est un métier qui attire, mais qui, à force de séduire sans régulation, finit par saturer son propre marché.
Et pendant que certains vivent (ou tentent de vivre) exclusivement de cette activité exigeante, d’autres cassent les prix – parfois sans même en avoir conscience – contribuant à un déséquilibre profond du secteur.
Un métier qui attire… jusqu’à l’étouffement
Photographier est devenu accessible à tous. Matériel abordable, réseaux sociaux valorisants, tutoriels à foison… La photographie a cessé d’être un art de niche. Tant mieux pour la créativité. Beaucoup moins pour les professionnels.
Les clients, eux, sont confrontés à une jungle tarifaire. Un même reportage peut être proposé à 1 800 € par un professionnel expérimenté… et à 400 € par un autoentrepreneur qui arrondit ses fins de mois, voire moins par quelqu’un qui n’a même pas de statut légal. Résultat : les meilleurs photographes se retrouvent mis en concurrence avec des amateurs du week-end, sans garantie contractuelle, sans assurance, sans suivi, sans post-production sérieuse.
Le photographe du samedi : un danger économique réel
La problématique n’est pas de critiquer ceux qui débutent. Mais il faut parler de responsabilité : proposer ses services en étant salarié la semaine et photographe auto-déclaré ou « black » le week-end crée un biais. Car cette personne ne dépend pas financièrement de la photographie. Elle peut donc se permettre de brader ses tarifs, parfois en dessous du seuil de rentabilité.
Et pendant ce temps, les pros – les vrais – paient leurs charges, leur TVA, leurs assurances, leur matériel, leur fiscalité complète. En proposant des prix déconnectés du marché, ces « semi-pros » faussent le jeu, désorientent les clients, et pénalisent ceux qui en vivent.
Concurrence déloyale : ce que dit la loi
La concurrence déloyale est punissable par la loi. Selon l’article 1240 du Code civil, toute pratique qui cause un préjudice économique à un concurrent par un comportement fautif peut être sanctionnée. Cela inclut :
la sous-facturation volontaire (prix anormalement bas),
le travail dissimulé (activité sans statut),
la présentation trompeuse (faire croire à un statut pro sans en avoir un).
Sanctions possibles :
45 000 € d’amende pour travail dissimulé (article L8221-5 du Code du travail),
Redressement URSSAF,
Dommages-intérêts en cas de préjudice à un professionnel établi.
Les plateformes low cost : l’uberisation de la photo
Des plateformes comme Mariages.net, Fiverr, ou encore des dizaines de groupes Facebook locaux favorisent une forme d’uberisation de la photographie. Le photographe devient un prestataire jetable, évalué à coups d’étoiles, choisi sur des critères souvent flous, avec des tarifs compressés à l’extrême.
On y trouve des annonces du type : « Recherche photographe pour mariage à Annecy, 8h de présence + retouches + galerie privée, 250 € max. » Et parfois, quelqu’un accepte. Et oui, cette personne vient d’enfoncer un clou de plus dans le cercueil du métier.
Et le client dans tout ça ?
Soyons honnêtes. Le client, lui, voit un devis à 1 500 € et un autre à 400 € : la tentation est forte. Il se dit qu’il fait une affaire. Mais ce qu’il ne voit pas toujours, c’est :
l’absence de contrat,
les retards (ou absences) de livraison,
la qualité technique discutable,
et parfois même… l’irréparable : des souvenirs ratés à jamais.
Un professionnel expérimenté, lui, livre un travail maîtrisé, sécurisé, et suivi. Et surtout, il est là pour rester, pas pour « tenter sa chance » le temps d’un été.
Un appel au bon sens et à l’éthique
Le métier de photographe n’est pas qu’un passe-temps qu’on monnaye dès qu’on maîtrise Lightroom. C’est une entreprise, un engagement, un savoir-faire.
“Si vous êtes salarié la semaine et que vous shootez le week-end, ne facturez pas ou formez-vous à la réalité économique du métier. Sinon, vous participez, volontairement ou non, à la destruction de ceux qui en vivent.”
C’est un appel à la responsabilité collective : photographes en devenir, ne tirez pas la valeur vers le bas. Clients, soyez vigilants sur ce que vous achetez. Et à ceux qui tiennent encore, année après année : tenez bon, continuez à éduquer, expliquer, défendre.
Julien Zannoni – Photographe professionnel depuis 2013
Basé en Haute-Savoie, je vis de ce métier depuis plus de dix ans. Je vois le marché évoluer, se durcir, se diluer. Mais je continue à croire à la valeur du travail bien fait, au respect du métier, et à l’exigence qu’il demande.
Cet article n’est pas un coup de gueule. C’est un constat. Froid, documenté, mais nécessaire. Parce qu’aimer la photo, c’est aussi aimer ceux qui en vivent.
Photographes en France : trop, c’est trop
Il y a, en France, environ 65 000 photographes déclarés. Ce chiffre impressionnant, publié par l’INSEE en 2023, englobe aussi bien les professionnels à plein temps que les photographes du dimanche, autoentrepreneurs ou non, qui déclarent une activité partielle. Un chiffre révélateur : la photographie est un métier qui attire, mais qui, à force de séduire sans régulation, finit par saturer son propre marché.
Et pendant que certains vivent (ou tentent de vivre) exclusivement de cette activité exigeante, d’autres cassent les prix – parfois sans même en avoir conscience – contribuant à un déséquilibre profond du secteur.
Un métier qui attire… jusqu’à l’étouffement
Photographier est devenu accessible à tous. Matériel abordable, réseaux sociaux valorisants, tutoriels à foison… La photographie a cessé d’être un art de niche. Tant mieux pour la créativité. Beaucoup moins pour les professionnels.
Les clients, eux, sont confrontés à une jungle tarifaire. Un même reportage peut être proposé à 1 800 € par un professionnel expérimenté… et à 400 € par un autoentrepreneur qui arrondit ses fins de mois, voire moins par quelqu’un qui n’a même pas de statut légal. Résultat : les meilleurs photographes se retrouvent mis en concurrence avec des amateurs du week-end, sans garantie contractuelle, sans assurance, sans suivi, sans post-production sérieuse.
Le photographe du samedi : un danger économique réel
La problématique n’est pas de critiquer ceux qui débutent. Mais il faut parler de responsabilité : proposer ses services en étant salarié la semaine et photographe auto-déclaré ou « black » le week-end crée un biais. Car cette personne ne dépend pas financièrement de la photographie. Elle peut donc se permettre de brader ses tarifs, parfois en dessous du seuil de rentabilité.
Et pendant ce temps, les pros – les vrais – paient leurs charges, leur TVA, leurs assurances, leur matériel, leur fiscalité complète. En proposant des prix déconnectés du marché, ces « semi-pros » faussent le jeu, désorientent les clients, et pénalisent ceux qui en vivent.
Concurrence déloyale : ce que dit la loi
La concurrence déloyale est punissable par la loi. Selon l’article 1240 du Code civil, toute pratique qui cause un préjudice économique à un concurrent par un comportement fautif peut être sanctionnée. Cela inclut :
Sanctions possibles :
Les plateformes low cost : l’uberisation de la photo
Des plateformes comme Mariages.net, Fiverr, ou encore des dizaines de groupes Facebook locaux favorisent une forme d’uberisation de la photographie. Le photographe devient un prestataire jetable, évalué à coups d’étoiles, choisi sur des critères souvent flous, avec des tarifs compressés à l’extrême.
On y trouve des annonces du type : « Recherche photographe pour mariage à Annecy, 8h de présence + retouches + galerie privée, 250 € max. » Et parfois, quelqu’un accepte. Et oui, cette personne vient d’enfoncer un clou de plus dans le cercueil du métier.
Et le client dans tout ça ?
Soyons honnêtes. Le client, lui, voit un devis à 1 500 € et un autre à 400 € : la tentation est forte. Il se dit qu’il fait une affaire. Mais ce qu’il ne voit pas toujours, c’est :
Un professionnel expérimenté, lui, livre un travail maîtrisé, sécurisé, et suivi. Et surtout, il est là pour rester, pas pour « tenter sa chance » le temps d’un été.
Un appel au bon sens et à l’éthique
Le métier de photographe n’est pas qu’un passe-temps qu’on monnaye dès qu’on maîtrise Lightroom. C’est une entreprise, un engagement, un savoir-faire.
C’est un appel à la responsabilité collective : photographes en devenir, ne tirez pas la valeur vers le bas. Clients, soyez vigilants sur ce que vous achetez. Et à ceux qui tiennent encore, année après année : tenez bon, continuez à éduquer, expliquer, défendre.
Julien Zannoni – Photographe professionnel depuis 2013
Basé en Haute-Savoie, je vis de ce métier depuis plus de dix ans. Je vois le marché évoluer, se durcir, se diluer. Mais je continue à croire à la valeur du travail bien fait, au respect du métier, et à l’exigence qu’il demande.
Cet article n’est pas un coup de gueule. C’est un constat. Froid, documenté, mais nécessaire. Parce qu’aimer la photo, c’est aussi aimer ceux qui en vivent.
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